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Nous sommes dans un temps de rupture, c'est une chance !

17 mars 2016

Sous la poussée d'un changement radical d'environnement technologique, notre pratique est en train de se modifier non pas de façon progressive mais selon un mouvement de rupture. Les plus anciens d'entre nous ont bénéficié d'un enseignement soigneux et proche d'un compagnonnage tout à fait équivalent à ce qui existait à la génération précédente, lesté de progrès techniques. Par contre le lien avec les patients n'avait pas pris une ride. Le médecin savait, le patient suivait l'avis donné.

En quelques années la connaissance théorique s'est massivement diffusée et tout patient un peu « geek » a la possibilité d'en savoir plutôt plus que son médecin traitant sur un sujet pointu.

Pour ce qui concerne les spécialités un repositionnement est en cours très rapidement. En effet au gré des gains techniques par définition partiellement imaginables, des pans entiers d'activité vont disparaître. De nombreuses personnes pointent ces changements qui, pour autant, ne doivent pas nous plonger dans la dépression.

En effet, selon ce que le Pr G. Vallancien nous dit dans son livre La médecine sans médecins, nous pourrons retrouver notre place en tant que médecin humaniste et non pas délivreur d'actes techniques réalisables par des machines ou des techniciens.

La question centrale est donc d'écouter ce que les intervenants dans le monde de la santé mais non médecins nous disent de notre prochain environnement afin :

1/ de ne pas lancer les jeunes confrères dans des impasses professionnelles.

2/ d'adapter la formation primaire et secondaire à notre nouvel environnement.

Deux exemples à un horizon proche :

- le dépistage des néoplasmes par tests biologiques en nanotechnologie, et leur évaluation par génie génétique. Tout cela n'est pas évaluable et analysable par un cerveau humain. Cela est il vraiment un problème ?

- l'évaluation et la prise en charge de 80% des presbyacousies par des acteurs non médicaux, les autres étant dépistés en automatique (la reconnaissance des types de tympans par des machines est beaucoup plus performante que par un oeil humain, et l'imagerie est programmable). Est-ce vraiment un problème ?

Nous redevenons les conseillers de nos patients, leur annonçant une mauvaise ou une bonne nouvelle, leur suggérant de sortir de la routine de prise en charge parfois; cela redonne une forte valeur ajoutée à notre mission et à notre responsabilité.

Mais ceci nous impose d'anticiper autant que faire se peut la suite: est il vraiment essentiel de se battre pour valoriser l'audiométrie à 80 euros quand la quasi totalité des patients fera son test sur son smartphone ?

Ne vaut il pas mieux investir dans une tâche de conseil et de hiérarchisation des informations ?

Au cours du prochain Forum nous nous poserons la question de la compétition « Dr Google contre Uber ». C'est peut être déjà une question dépassée puisque certains développements de type Uber sont déjà abandonnés en Californie.

À propos de Californie un hôpital vient de se faire hacker par des cyber attaquants, bloquant tout leur système informatique et obligeant a) à déménager les patients graves b) à payer une rançon. C'est la face noire de la numérisation.

Les bases de données sont les maîtres de l'immédiat avenir, à nos de les utiliser au profit de nous patients, c'est le big data et son analyse par algorithmes. Les européens sont très en retard sur les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). L'évaluation en continu des patients fournira en effet des quantités considérables de données; prenons l'exemple des troubles d'équilibre. Actuellement nous avons une vision extrêmement pauvre de la situation réelle des patients. Imaginons un enregistrement en continu pendant 15 jours. Impossible d'analyser tout cela en manuel. Stupide de s'accrocher à l'analyse technique des vertiges. Laissons cela aux machines et à leurs serveurs techniciens. Par contre passons tout le temps qu'il faut auprès de notre patient complètement perdu et au sens strict déstabilisé par son vertige.

Pour conclure nous avons encore une fois intérêt à nous regrouper, la Société d'ORL, le Collège et le SNORL.

En effet cette rupture doit être anticipée et accompagnée, sur le plan scientifique, pour ce qui concerne la formation primaire et secondaire, et en matière de rétribution, tant à l'hôpital et en ville. C'est une période très turbulente mais passionnante. Pour ne pas avoir peur de ces bouleversements il faut essentiellement les repérer et réfléchir à ce que nous en faisons. Et surtout ne pas les nier ou en minimiser l'impact.

Le Forum est une occasion unique de mettre à niveau nos idées et de nous jeter dans cette nouvelle aventure de notre spécialité en rencontrant, une fois encore, des leaders d'opinion à la fois proches de nous mais avec un mode de pensée très différent.

Docteur B. Geoffray
Comité d'Organisation

 

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